La ville de Berthierville est magique.
Du moins je crois. J’y crois fermement puisqu’à chaque fois que je m’y trouve, il y a dans un coin une jolie personne qui me fait aimer d’avantage la vie.
Cette fois-ci, c’était comme dans un film. Ou mieux. Une annonce publicitaire d’une boisson alcoolisée “class et sensuelle”.
Je dinais tardivement et les clients du côté ‘bar’ du St-Hubert quittaient tour à tour. Lorsqu’il ne resta plus que quelques retardataires de cette foule cyclique, tout s’est déroulé comme dans un rêve.
L’attention que j’accordais au journal qui m’accompagnait dans ma solitude fut interrompu par l’aura incroyable d’une personne qui s’approchait. Je crois avoir levé les yeux pour la trouver avant même de l’avoir aperçue. Grande, blonde, début trentaine. Définitivement une business woman attendue à la maison par son copain et ses enfants. Quoiqu’il en soit, elle aspergeait les alentours de sa simplicité et de son bonheur apparent. Sourire aux lèvres, comme si elle se faisait rire elle-même, elle avançait avec une assurance et une élégance sans faille. Le parallèle avec la publicité ne pourrait être plus évident : la créature de rêve qui s’avance, que tout le monde la remarque, qui s’assoie juste en face, en croisant les jambes sous sa jolie robe noire, assez loin pour être seule, assez près pour être vue, et qui, une fois assise, lève les yeux pour vous regarder, comme pour s’assurer qu’elle vous a bien en vue. Premier sourire. Sans ce bête contact, je crois que j’aurais resté des jours à la fixer comme si c’était la première femme que je voyais dans ma vie. Sa robe lui allait comme un gant, ses cheveux étaient aussi parfaits que son sourire et l’ensemble était d’une beauté naturelle incroyable. J’aurais payé cher pour savoir quel genre de musique ses écouteurs discrets crachaient, car j’aimerais bien aussi me laisser bercer par cette mélodie du bonheur. Après avoir repris le contrôle de mes esprits, je me remets à lire le journal. Je fredonne la chanson qui joue et tente de ne pas me laisser aveugler par celle qui se trouve tout juste au-delà de mon champ de vision. De temps à autre, je ne peux m’empêcher de jeter un oeil. Je croise souvent son regard qui s’adonnait au même exercice.
La page de l’horoscope stipule que les Bélier sont d’un charme extraordinaire et qu’ils sont ravissants. Je prends un crayon pour encercler plusieurs fois cette phrase. Je ne peux passer une telle beauté sous silence. Elle n’aura surement aucun problème à ce faire dire qu’elle est jolie tellement elle semble sereine. J’hésite entre aller la voir (au risque de la déranger) et lui demander si elle est bélier en lui remettant le journal, avec un “bonne journée” lorsqu’elle comprendra, ou encore d’attendre son passage à mes côtés pour le faire. J’opte pour la deuxième option, beaucoup moins envahissante. Elle quittera malheureusement en faisant un détour par la salle de bain, détour qui m’empêche de la voir une dernière fois. Si j’avais su … si j’avais osé …
Je n’aurais pas seulement fait sa journée, mais aussi la mienne en ayant l’occasion de lui lancer ce tendre compliment. Cependant, j’ai dû me contenter d’être COURTOIS avec 3 ou 4 automobilistes lors de mon retour pour arriver à mes fins.
